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Inyigisho/Indero n'Amagara mu Burundi/Education et Santé au Burundi/Education and Health in Burundi

Burundi: Pour une culture du sens de l'honneur et du respect de la vie

       Je lance mon "blog" avec un sujet d'actualité (36 ans après le génocide de 1972) mais aussi un sujet controversé qui mérite un débat salutaire. Je le dis, d'entrée de jeu, l'identité ethnique des victimes a un peu trop eclipsé leur état d'enfants, de vieux et vieilles, de simples pères et mères de familles innocents et sans défense. Et la volonté de justifier leur élimination physique par le fait de venger ou de sauver l'une ou l'autre ethnie a souvent eclipsé la couardise des commanditaires et des exécutants. Il est vrai que je parle aujourd'hui comme un scrutateur professionnel du passé, mais mon analyse est tout aussi enrichie par une expérience personnelle et familiale tragique, comme l'est d'ailleurs celle de la majorité des Burundais.

       Le domaine de l'éducation, qui est l'un des deux secteurs de spécialité d'InAma, est si vaste qu'il inclue aussi l'information et le débat concernant la vie politique, sociale et économique.  Ce qu'il nous faut, nous les Burundais, au niveau des individus, des organisations et de l'Etat, c'est contribuer à la prévention du génocide autant que faire se peut, au lieu de continuer à mettre de l'huile sur le feu, volontairement ou involontairement. Pour que des personnes innocentes et sans défense ne continuent pas d'être des cibles d'actes commis pour des raisons de vengeance aveugle ou d'agendas politiques inacceptables. La couardise a été érigée en comportement acceptable par beaucoup de nos compatriotes, eclipsant ainsi le sens de l'honneur qui veut qu'un homme ou une femme valide ne s'attaque pas à une personne sans défense.

        Le débat et les manifestations relatifs aux génocides et massacres commis au Burundi sont dominés par le sentimentalisme sectariste. Il y a lieu de distinguer trois positions principales. La première est celle des gens qui sont concernés exclusivement par le génocide commis contre les membres de leur ethnie, mais qui trouvent l'extermination, l'exclusion ou le mauvais traitement de membres d'une autre ethnie justifiable comme stratégie politique ou "politico-militaire". Le génocide perpétré contre les membres d'un autre groupe ethnique n'est pas considéré comme un génocide mais comme une action de légitime défense ou une stratégie acceptable pour sauver un régime ou une dynastie ou pour résister à un régime dictatorial et même essayer de le changer. La deuxième position est celle de ceux qui, comme les premiers, dénoncent le génocide ou les exactions commis contre les "leurs" sans pour autant manifester un activisme vicieux contre les membres de l'autre ethnie.  Enfin, la troisième position, qui est rarement défendue publiquement, est que le génocide est un et indivisible. Les victimes sont des êtres humains avant d'être hutu ou tutsi. Ce sont des enfants, des femmes, des hommes, jeunes ou vieux, bien portant ou malades, et généralement innocents et sans moyens de défense.

        La première position est malsaine, criminelle. Elle est responsable de la répétition cyclique des génocides anti-hutu et anti-tutsi. Par contre, il est tout à fait légitime de commémorer des événements spécifiques (1965, 1969, 1972-73, 1988, 1993, 1996 etc..) qui ont emporté des membres de famille, des proches parents, amis et voisins. Mais je trouve la troisième position, celle qui met en exergue l'indivisibilité du génocide, plus intéressante. Telle est à mon sens la position qui devrait dominer le débat, l'activisme anti-génocide et les manifestations publiques. Les gens en armes peuvent légalement et légitimement s'affronter, même si la résolution pacifique des conflits reste la meilleure voie.  Mais rien ne peut justifier le traitement inhumain et l'élimination physique de personnes innocentes et sans défense. Inamaonline compte contribuer à l'animation du débat à ce sujet, dans la mesure du possible.

New York, 10 Mai 2008